La nuit où j'ai pleuré un amour que je n'avais jamais eu
2 août 2026Ce soir-là, il était vraiment tard. J'étais chez ma mère, dans la petite chambre que je partageais avec mon bébé, ça faisait plusieurs mois que j'étais séparée. Je travaillais encore en tant que copywriter, alors ce soir-là, comme tous les soirs, j'écrivais un mail pour un client.
Une fois terminé, j'ai fermé mon Mac. Et je me suis retrouvée dos au mur, à pleurer.
J'ai senti la chaleur monter dans ma gorge, puis les larmes couler le long de mon visage.
Je me répétais que moi aussi, j'avais envie d'être aimée. Que j'avais peur de finir seule. Que ça me manquait, cet amour-là.
Et puis, dans ma tête, un truc a buggé.
Dissonance cognitive en direct. Je me rappelle avoir arrêté de pleurer d'un coup, et je me suis dit :
« Attends… comment quelque chose que je n'ai jamais connu pourrait me manquer ? »
C'est là que j'ai compris un truc plus grand que ma nuit en larmes contre un mur.
Beaucoup de femmes ont grandi biberonnées à la Petite Sirène, la Belle au Bois Dormant, Cendrillon, Blanche-Neige. Toutes sauvées par un prince.
Enfants déjà, on nous dit des trucs du genre « mange pas comme ça, qui voudra t'inviter au restaurant ? »
Tout, absolument tout, nous ramène à l'homme. Comment une femme peut-elle construire son identité, son individualité, si elle est conditionnée depuis toute petite à exister par rapport à l'autre, et validée seulement quand cet autre est un homme ?
Aujourd'hui, dans mon métier, je vois cette peur revenir sans arrêt.
Des femmes qui ont peur d'être seules, et qui, à côté, vivent ou ont vécu des violences physiques, psychologiques, sexuelles, financières. Moi-même, je l'ai eue, cette peur. J'ai dix ans de schéma relationnel destructeur derrière moi. J'en viens.
Mais cette peur-là, elle n'a pas juste fait de moi une femme qui enchaînait les mauvaises relations.
Elle a fait de moi une femme passive et spectatrice de sa propre vie, même quand elle était dedans.
Il y a quelques années, ma meilleure amie m'a dit un truc qui m'est resté. On parlait de mon premier mariage, de m'être engagée si jeune.
Et elle m'a dit :
« Toi, je suis sûre que si tu ne t'étais pas mise en couple aussi vite, tu aurais fait des trucs de fou. »
Je lui ai demandé ce qu'elle voulait dire par ça, et elle m'a répondu :
« Je suis sûre que tu aurais été le genre de fille qui se réveille un matin et qui décide d'aller sauter en parachute. »
Sur le coup, j'ai eu envie de pleurer.
Parce qu'elle ne savait pas encore ce que je vivais dans mon deuxième mariage. Parce que je gardais tout en moi et au fond, je savais que j'allais droit dans le mur.
Et cette phrase anodine, avec le recul, était révélatrice d'un truc bien plus grave : je ne vivais pas. J'étais spectatrice de ma vie.
Et je ne dis pas ça pour parler de moi.
Je le dis parce que je vois cette même chose chez énormément de femmes que j'accompagne.
Combien sont encore dans leur relation, mais spectatrices de leur propre existence ? À quel moment on nous apprend à aller à notre propre rencontre ? À affirmer nos goûts ? À enlever une étiquette pour en remettre une autre, la nôtre cette fois ?
Parce que voilà ce qui se passe, concrètement, dans une relation abusive : la femme s'oublie. Elle se sacrifie.
Et ça se voit jusque dans les traits de son visage.
Des femmes qui étaient rayonnantes, pleines de vie, qui un jour s'éteignent. Qui ne prennent plus aucune place.
Combien voient 1 an, 5 ans, 10 ans, 20 ans de leur vie filer, sans s'en rendre compte ; jusqu'à ce matin où elles se réveillent en pensant :
« Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que je suis devenue ? »
Alors aujourd'hui, j'aimerais t'inviter : va te rencontrer. Va boire un café toute seule.
Apprends à faire des choses pour toi, par toi. Ose dire non. Ose dire « en fait, je ne suis pas d'accord avec toi. »
Affronte ce vide dont tu as peur, parce que sous ce vide apparent, il y a sûrement une profondeur que tu n'as encore jamais explorée.
Des choses simples, mais qui, jour après jour, t'apprennent à te connaître, jusqu'à ce que tu puisses enfin te dire :
« J'adore être avec moi. Plus qu'avec quiconque. Que ce *** aille se faire voir (s'il y en a encore un). »
Et oui, peut-être qu'un jour tu rencontreras quelqu'un. Tant mieux. Mais ce sera une plus-value. Pas un sauvetage. Pas un moyen de combler le vide ; ce vide-là, c'est à toi d'aller à sa rencontre.
De lui demander :
« Pourquoi t'es là ? Qu'est-ce que tu veux me raconter ? Qu'est-ce que je n'ai pas encore été chercher, en moi ? »
Ce n'est pas le travail d'un jour, évidemment. C'est le travail d'une vie. Et non, tu n'as pas besoin d'être « complète » ou « parfaite » pour avoir une relation.
Une relation, ça devrait être la cerise sur le gâteau. Et encore, la cerise, c'est toi.
Le reste, c'est de la chantilly, des paillettes par-ci par-là. Et cette chantilly-là, en fait, tu peux te la faire toi-même. Tu peux t'inonder de paillettes.
C'est une conversation que j'ai eue ce soir qui m'a fait repenser à cette femme, dos au mur, dans cette petite chambre chez sa mère.
Cette femme, je ne lui en veux pas d'avoir pleuré ce soir-là. Elle avait le droit. C'était légitime.
Et si je pouvais retourner dans cette pièce, je m'assiérais à côté d'elle, et je lui dirais : ce que tu cherches à l'extérieur, il va falloir que tu ailles le chercher en toi. Pas parce que tu ne mérites pas d'être aimée. Mais parce que tant que tu ne sais pas qui tu es, tu ne sauras jamais reconnaître ce qui te fait vraiment du bien de ce qui te détruit lentement.
C'était il y a trois ans.
Aujourd'hui, j'ai mon appart'. J'ai mes enfants. J'ai deux chats (mes enfants aussi finalement).
Alors si je pouvais lui parler, à cette femme dos au mur, je lui dirais aussi :
« Mais si tu savais…
Si tu savais dans quelques années, tu vas adorer vivre seule.
Si tu savais que tu vas enfin te rencontrer. Que tu vas te mettre à collectionner les paires de lunettes, juste parce que ça te fait plaisir. Que tu vas t'offrir les deux chats dont tu rêves depuis toujours. Que tu vas décorer ton appart' exactement à ton goût, et t'y sentir bien. Que tu vas adorer t'habiller tous les jours comme si tu allais à un défilé.
Si tu savais tout ça, tu t'aimerais déjà un peu plus, là, maintenant, dos à ce mur. »
Et en vrai, c'est exactement la même chose que j'ai envie de te dire, à toi qui me lis.
Si tu savais. Si tu savais à quel point, à partir du moment où tu vas oser te rencontrer, tu vas t'aimer.
Alors oui, tout ne sera pas simple. Tu vas apprendre à te connaître, avec tes défauts et tes qualités.
Tu te détesteras des fois peut-être.
Mais n'oublie pas que si tu oses faire tout ça, dans quelques années, tu pourras enfin te regarder dans le miroir et sourire sincèrement, comme tu peux sourire à d'autres aujourd'hui.
D'ailleurs c'est ce sur quoi j'ai envie de terminer : apprends à te connaître comme tu apprends à connaître les autres. Écoute-toi comme tu les écoutes. Regarde-toi comme tu les regardes. Sois bienveillante avec toi comme tu l'es avec eux. Demande-toi pardon comme tu peux aussi le faire pour les autres.
Va te rencontrer. Je suis persuadée que tu ne vas pas le regretter.
Xoxo.
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