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MON JOURNAL

Le lien entre la femme neuroatypique et le profil aux traits narcissiques

6 août 2026

Il y a un profil qui revient souvent dans mes accompagnements, plus souvent que je ne l'aurais pensé au début.

Ça se passe presque toujours pareil. Parfois dès le premier échange, parfois trois mois plus tard, glissé entre deux phrases :

« J'ai un TDAH. »
« On m'a diagnostiquée autiste. »

Jamais une intuition qu'elles ont sur elles-mêmes. Toujours un vrai diagnostic, posé par quelqu'un d'autre, avant ou pendant qu'on travaille ensemble.

Et le lien entre ce profil et la relation abusive qu'elles ont vécue, ce n'est jamais elles qui le font en premier. C'est moi. À force de voir revenir le même schéma, encore et encore, ça a fini par devenir impossible à ignorer.

Alors est-ce que les femmes neuroatypiques sont plus vulnérables aux relations abusives ? D'après ce que je vois sur le terrain, oui. Et je ne suis pas la seule à le penser : il existe des études qui vont dans ce sens, surtout chez les femmes autistes, qui ont souvent plus de mal à lire les signaux sociaux, à repérer les intentions cachées derrière un comportement, et qui ont tendance à l'hyperempathie, c'est-à-dire à s'adapter constamment aux besoins des autres en oubliant les leurs, à absorber les émotions de l'autre comme si elles étaient les leurs, jusqu'à ne plus savoir où s'arrête son ressenti à soi et où commence celui du partenaire. Pour le TDAH, le lien existe aussi dans les recherches, mais de façon moins claire : même les chercheurs n'arrivent pas encore à dire si c'est le trouble qui expose davantage aux violences, ou si c'est l'inverse, un vécu violent qui favorise l'apparition des symptômes.

Mais attention, je ne veux pas que tu comprennes ça comme une fatalité. Ce n'est pas le trouble en lui-même qui "cause" la vulnérabilité, comme si l'un entraînait mécaniquement l'autre. C'est plutôt un terrain. Et sur ce terrain-là, il y a une chose en particulier qui pousse : l'incapacité à s'écouter soi-même.

Je t'explique ce que je veux dire par là.

Beaucoup de ces femmes traînent, depuis l'enfance, un sentiment de décalage. Pas un grand drame qu'on peut pointer du doigt, juste ce truc diffus de ne pas fonctionner tout à fait comme les autres. À l'école, dans les réunions de famille, entre copines, ce petit temps de retard pour comprendre une blague, ce malaise qu'on n'arrive pas à nommer face à une remarque que tout le monde semble trouver anodine. Devoir faire un effort en plus pour comprendre des choses qui semblent évidentes pour tout le monde. Se sentir "trop" ou "pas assez", sans jamais savoir exactement pourquoi. Et quand tu grandis comme ça, tu apprends un truc, sans qu'on te le dise jamais clairement : arrête de te fier à ce que tu ressens. Fie-toi plutôt à ce que les autres voient, eux. Ton ressenti, on dirait qu'il est toujours à côté de la plaque, alors autant ne plus l'écouter.

Je n'ai pas remarqué que ces femmes doutent plus de leur perception que les autres, sortir d'une relation abusive, ça amène presque toujours ce doute-là, peu importe le profil. Ce que je remarque, par contre, c'est qu'elles sont plus promptes à se dire que le problème, c'est elles. Comme si toute une vie de décalage avait déjà préparé le terrain, bien avant même de rencontrer l'homme qui allait les détruire :

« Si ça ne va pas, c'est sûrement de ma faute. »

Et un manipulateur, qu'il le fasse consciemment ou non, il sait reconnaître ce genre de terrain. Une femme qui doute déjà d'elle-même avant de douter de lui, c'est une porte qui est presque déjà ouverte. Il n'a même pas besoin de la forcer. Il lui suffit d'arriver au bon moment, de la regarder comme personne ne l'a jamais regardée, de lui donner l'impression, enfin, d'être comprise sans effort, sans décalage, sans avoir à s'excuser d'exister comme elle existe. Et pour une femme qui a passé sa vie à se sentir "à côté", ça peut ressembler, au tout début, à la chose la plus belle qui lui soit jamais arrivée.

Et je crois qu'il y a une raison à ça, plus profonde qu'une simple coïncidence. En général, dans une relation, on a tendance à être attirée par les gens qui portent une blessure qui ressemble à la nôtre, même sans le savoir, même sans le vouloir. C'est presque comme un aimant invisible : deux blessures qui se reconnaissent avant même que les deux personnes aient échangé un mot.

C'est peut-être ça, en partie, qui explique pourquoi ces deux profils s'attirent aussi souvent : une femme qui porte, depuis toujours, cette blessure du décalage et du doute de soi, et un homme qui porte, lui, une blessure narcissique qu'il ne sait rejouer qu'en la faisant subir aux autres. Deux blessures qui se reconnaissent. Sauf que l'une la transforme en force, et l'autre la rejoue en boucle sur la première qui passe.

Il y a une dernière chose que je remarque, et je te la donne avec prudence, parce que c'est plus une intuition de terrain qu'une certitude scientifique : cette blessure d'estime de soi, cette fameuse "blessure narcissique", je la retrouve autant chez ces femmes que chez les hommes aux traits narcissiques qui leur ont fait du mal. Mais elles ne la portent pas de la même façon.

Lui, il la rejoue. Encore et encore. Il fait subir aux autres ce qu'il a subi, comme si ça pouvait, l'espace d'un instant, apaiser sa propre douleur. Chaque nouvelle relation devient un terrain où rejouer la même scène, avec un visage différent en face.

Elle, elle la transforme. Pas en schéma qui se répète. En force. En cette capacité, justement, à sentir des choses que d'autres ne sentent pas, à percevoir des détails, des nuances, des vérités que la majorité laisse filer.

Ce n'est pas la blessure qui décide qui on devient. C'est ce qu'on en fait, même si "choisir" est un grand mot, quand personne ne t'a jamais montré qu'il existait un autre chemin.

C'est exactement ce qu'on retravaille ensemble, quand une femme arrive dans mon accompagnement avec ce profil-là. Pas "corriger" son fonctionnement, ni le faire ressembler à celui de tout le monde. Juste réapprendre à faire confiance à ce radar intérieur qu'on lui a appris à éteindre. Réapprendre à distinguer un vrai signal d'alerte d'un simple décalage sensoriel ou social. Et surtout, arrêter de confondre « je ne comprends pas tout de suite » avec « je n'ai pas le droit de ressentir ce que je ressens. »

Alors si tu te reconnais dans ce que je viens de dire, diagnostiquée ou non, je ne veux pas que tu repartes en te sentant plus fragile ou plus "cassée" que les autres. Je veux que tu repartes avec ça en tête : ta difficulté à te faire confiance, ce n'est pas un trait de caractère. C'est la trace d'un décalage que tu portes peut-être depuis toujours, et qu'on ne t'a simplement jamais appris à nommer, encore moins à soigner.

Alors commence petit. La prochaine fois que quelque chose te dérange dans une relation, une phrase, une attitude, un silence, ne te demande pas tout de suite si tu exagères. Demande-toi d'abord : qu'est-ce que je ressens, moi, là, maintenant ? Pas ce que l'autre pense que tu devrais ressentir. Pas ce qui semblerait "raisonnable". Juste ce qui est là, en toi, avant que tu aies eu le temps de le censurer.

Et la bonne nouvelle, c'est que ça se retravaille. Se faire confiance, ça s'apprend. Même tard. Même après des années à avoir désappris de le faire.

Xoxo.

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