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MON JOURNAL

C'est hormonal, et c'est ok

25 août 2026

Hier soir, il est à peu près 22 heures. Je suis dans mon canapé, tranquillement installée. Je regarde une série coréenne. C'est la fin de journée, fin de règles. Et depuis plusieurs heures, je sens les larmes monter. Une fatigue du genre — franchement, une épaule sur laquelle me reposer ne serait pas de refus. Sans cause précise.

Je ne sais même pas pourquoi j'ai envie de te raconter un truc aussi simple, aussi petit. Il ne s'est rien passé de spécial ce soir-là. Pas de dispute, pas de mauvaise nouvelle, rien à signaler. Et c'est peut-être justement pour ça que j'ai envie d'en parler : parce que ce genre de soirée, sans raison apparente, on n'en parle jamais vraiment.

C'est totalement normal, en fait. Quand tu as tes règles, tu perds en moyenne entre 30 et 80 ml de sang, même si ça varie énormément d'une femme à l'autre — certaines beaucoup plus que d'autres, et ce n'est pas anormal non plus. Je ne suis pas médecin, donc je ne vais pas m'aventurer plus loin que ça sur le sujet. Mais ça paraît peu, dit comme ça. Couplé aux chutes hormonales de fin de règles, ça suffit largement à te vider.

Je sais que c'est hormonal. Je le sais avec ma tête, j'en suis consciente. Et pourtant, sur le moment, ça ne change rien à ce qui monte : cette envie de pleurer, cette fatigue qui n'a besoin d'aucune raison pour être là. Dans ma vie, tout va bien. Il n'y a pas de drame, pas de crise, pas de déclencheur. Juste un cycle qui suit son cours, comme chaque mois. Et pourtant, sur le moment, le corps ne le sait pas, ou ne veut pas le savoir. Il ressent ce qu'il ressent, un point c'est tout.

Ce soir-là, je me suis surprise à me dire : j'aimerais vraiment que quelqu'un me dise "t'inquiète, c'est bon, je gère, je suis là." Parce que je porte beaucoup, au quotidien, et la plupart du temps, je ne le ressens même pas comme un poids. C'est juste ma vie, mon quotidien, et je le fais avec amour. Mais il y a des soirs comme celui-ci où ce poids-là, d'un coup, se rappelle à moi.

Et en en parlant avec une proche, elle m'a dit, avec beaucoup de gentillesse :

« Je comprends, c'est difficile. En plus, tu dois te demander si t'es trop, ou pas assez, pour qu'on te choisisse pas. »

Je l'ai arrêtée tout de suite. Non. Il n'y a pas de "trop" ou de "pas assez" là-dedans. Ça fait longtemps que je ne remets plus en cause ma valeur de cette façon. J'ai fait un travail énorme là-dessus, et aujourd'hui, je n'ai plus aucun problème avec l'idée de "paraître trop" — trop expressive, trop dans ma façon de m'habiller, trop dans ce que je partage. Je peux être perçue comme trop par certaines personnes, et c'est totalement ok. Ça ne me remet plus en cause du tout.

Donc non, ce n'était pas ça, la question. Et c'est justement ça qui est intéressant : même quand on a fait le travail, même quand on ne doute plus de sa valeur, il peut quand même y avoir un soir où ça monte. Ce qui montait ce soir-là, ce n'était pas un doute sur ma valeur. C'était juste de la fatigue. De la vraie fatigue, hormonale, humaine, sans rien à décrypter derrière. Pas besoin de chercher un sens caché, une remise en question profonde, un signal d'alarme. Juste un corps fatigué qui a besoin de le dire.

Ma vie, aujourd'hui, ce n'est pas celle que j'imaginais à 15 ou 16 ans — le prince charmant, le happy end, "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants." Bien sûr que non. On n'est pas dans un conte de fées, on est dans la vraie vie. Mais aujourd'hui, j'aime ma vie. J'ai mes chats que j'adore. J'ai mes enfants. J'ai mon cocon. J'ai un métier qui me passionne, et je le fais depuis chez moi — je peux aller chercher mes enfants à l'école, profiter de mes week-ends, de mes vacances avec eux. Tout le monde n'a pas cette chance. Je me considère privilégiée. Vraiment.

Alors pourquoi cette soirée, ce trop-plein qui monte sans prévenir ?

Parce que c'est hormonal.

Et c'est exactement ça que j'ai envie de te dire, à toi qui me lis. Je sais que toi aussi, tu as ce genre de soirées. Ces soirées où tout se remet en question d'un coup. Où tu doutes de toi. Où tu ressens un manque, une absence, quelque chose qui te dit que t'as peut-être raté un truc dans ta vie, quelque part — quelque chose que même tes amis ne peuvent pas combler, et ne peuvent pas raisonner. Peu importe où tu en es dans ta vie, peu importe le travail que tu as déjà fait sur toi, ces soirées-là peuvent revenir. Et ce n'est pas un retour en arrière.

Ça ne veut rien dire de grave. Vraiment. Souvent, sur le moment, c'est juste les hormones.

Ce que je te propose, c'est un truc tout simple : tiens un petit journal de bord, en fonction de ton cycle. Pas besoin que ce soit compliqué — juste noter, quand une pensée comme ça surgit, où tu en es dans ton cycle. Phase lutéale ? Ovulation ? Règles ? Avec le temps, tu vas voir une récurrence se dessiner. Tu vas peut-être remarquer que ce doute qui revient tous les mois, cette même petite voix qui te dit que tu n'es peut-être pas assez, ou trop, arrive toujours à peu près au même moment de ton cycle. Et rien que de le voir noir sur blanc, ça change beaucoup de choses.

Ça ne veut pas dire que ce que tu ressens sur le moment n'est pas légitime — ça l'est, complètement. Tu as le droit de pleurer, le droit d'avoir envie d'une épaule, le droit de te sentir fatiguée sans raison apparente. Mais ça permet de rationaliser un peu, de remettre les choses à leur juste place, plutôt que de laisser cette émotion-là raconter une fausse histoire sur qui tu es ou sur ta vie.

Parce que ressentir cette fatigue, ce doute, ce manque, un soir précis de ton cycle, ça ne te rend pas moins forte. Ça ne veut pas dire que tu as échoué. Ça ne veut pas dire que tu es sur le mauvais chemin. Ça ne veut pas dire que tu as pris la mauvaise décision, celle qui t'a menée là où tu es aujourd'hui.

Et d'ailleurs, ressentir ce genre d'émotion, ce n'est pas grave non plus, tout court. Ça ne veut pas dire que tu es dans le déni. Ça ne veut pas dire que tu n'as pas assez travaillé sur toi. Ça ne veut pas dire que tu as échoué quelque part parce que tu ressens ces émotions, alors que, soi-disant, tu ne devrais pas les ressentir puisque tu es une femme forte, indépendante, une femme qui va bien, une femme qui a fait le boulot.

Être forte, ça n'a jamais voulu dire ne rien ressentir. Ça veut juste dire continuer à avancer, même les soirs où le corps, lui, a d'autres idées.

C'est hormonal. Et c'est ok. Complètement ok.

Xoxo.

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